Edito

Agir, là maintenant

Paris, nous y voilà. Si tout a été dit (ou presque) sur les enjeux de cette 21e Conférence sur le climat, tout reste (encore) à faire pour décrocher ce fameux « accord du XXIe siècle », comme l’appel de ses vœux l’ancien ministre français au développement Pascal Canfin.
Les 195 Etats représentés lors de cette COP21 n’ont plus le temps d’attendre, ils doivent agir. Là maintenant. Car sans un engagement fort et universel, nous allons tout droit vers un réchauffement climatique dépassant les 4° C.
Ce fameux « point de non-retour », comme l’appellent les scientifiques qui se traduira ipso facto, à terme, par un effondrement progressif de notre écosystème. Avec, comme le démontre le dernier rapport du GIEC, une forte hausse du niveau des mers, une insécurité alimentaire, des sécheresses, des pluies diluviennes et des cyclones à répétition, une quantité plus grande de conflits et de réfugiés climatiques, la disparition d’espèces terrestres et maritimes, et bien d’autres effets collatéraux connus ou à venir.
Alors, oui, il faut agir. Sans tergiverser. Comme le réclament les ONG, les syndicats (qui rappellent à dessein « qu’il n’y a pas d’emplois sur une planète morte ») et l’ensemble de la société civile qui se mobilisent aux quatre coins du monde. Pour faire pression. Massivement. Et forcer un accord plus contraignant que ce sacro-saint seuil des 2° C, totalement insuffisant.
Car les forces hostiles aux changements, lobbies du carbone et autres défenseurs acharnés des énergies fossiles, si peu soucieux de l’intérêt général, seront eux aussi à pied d’œuvre. Et le combat diplomatique et politique s’annonce rude et difficile.
Néanmoins, après l’échec de la Conférence de Copenhague en 2009, quelque chose semble possible à Paris. Le contexte a changé. L’inquiétude face à cette « menace globale » (dixit le PDG d’Axa) gagne désormais les milieux financiers et le patronat. Des centaines de ville à travers le monde se sont engagées en faveur de la transition énergétique. La Chine et les États-Unis ont signé un accord bilatéral historique visant à réduire leur émission de gaz à effets de serre (un accord qui reste à confirmer). Enfin, l’épuisement programmé des ressources fossiles (pétrole, gaz, charbon) poussent les marchés à concevoir des alternatives « bas carbone » à des prix moins élevés et dotées de technologies de plus en plus performantes.  « La politique, affirmait le cardinal de Richelieu, c’est l’art de rendre possible ce qui est nécessaire ». A Paris, les négociateurs auront toutes les cartes en main pour aller de l’avant. Ils agiront en connaissance de cause et pour les générations futures. Et derrière eux, il y aura des millions de citoyens exigeants et impatients. Qui attendront de leurs élus au moins trois choses : un sens des responsabilités, une transparence maximale dans leurs engagements et des moyens financiers suffisants pour mettre réellement en œuvre les mesures adoptées.

Hugues Dorzée, rédacteur en chef d’Imagine Demain le monde

 

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